Mobilisation avec Simon Pasquier (118 AVE)

Mobilisation avec Simon Pasquier (118 AVE)

De LVMH à L’Oréal en passant par Dolce & Gabbana ainsi que par les petits façonniers français, l’heure est à l’entraide pour apporter sa pierre à la lutte contre le Coronavirus. Et pour les équipes de ces secteurs fortement touchés par la crise sanitaire, ces gestes concrets font (aussi) du bien au moral.

Lors de la première et la seconde guerre mondiale, les industriels français ont mis leurs chaînes de production au service des armées. Lutter contre le Covid-19 est, l’a martelé le président Emmanuel Macron, une autre forme de guerre, sournoise et invisible. Autre époque, autre besoin, c’est aujourd’hui le secteur du luxe et de la mode qui se mobilise. Ce mercredi matin, dans un long communiqué, L’Oréal a annoncé avoir démarré – « dès la semaine dernière » – la fabrication de gel hydroalcoolique « pour soutenir les besoins des autorités sanitaires françaises et européennes » et « vouloir intensifier leur production en quantité importantes dans les prochaines semaines ».

Dès le 17 février, Dolce & Gabbana annonçait en Italie une donation importante pour supporter une étude coordonnée par le professeur Mantovani sur les réponses du système immunitaire au virus en précisant qu’il s’agissait d’« un devoir moral » pour eux. En France, c’est la marque La Roche-Posay qui doit équiper en gel hydroalcoolique l’ensemble des hôpitaux, EHPAD et leurs pharmacies partenaires et fournir, dans le même temps, « gracieusement » les pharmacies qui en ont besoin en flacons. Par ailleurs, une autre marque du groupe, Garnier, fournira en gel la grande distribution alimentaire.

Enfin, le groupe a mis sur pied toute une série de mesures pour aider ses coiffeurs, salons de beauté à tenir le coup en gelant leurs créances et ses fournisseurs les plus fragiles en « raccourcissant les délais de paiement ». Des mesures qu’il faudra bien sûr suivre sur le long terme, mais qui vont dans le sens du discours présidentiel de solidarité et qu’en l’état on ne saurait qu’approuver. Autre géant du luxe à se mobiliser, le groupe LVMH a lui, dès hier, annoncé avoir transformé ses chaînes de production :

« Mobilisation exceptionnelle de nos équipes LVMH pour fabriquer gratuitement du gel hydroalcoolique en grande quantité au profit de l’AP-HP » a posté lundi sur son compte Linkedin le directeur des relations extérieures du groupe LVMH. Pour preuve, une photo d’une chaîne de production maison, salariés portant charlotte, masques et gants, en pleine action pour produire ce gel dont la France manque tant et indispensable aux personnels médicaux.

Dior, Givenchy, Guerlain au service des hôpitaux !

Cette semaine, les équipes des parfums Christian Dior, Guerlain et Givenchy comptent pouvoir livrer au moins 12 tonnes de gel hydroalcooliques. Une bonne nouvelle ! Et tant pis pour les oiseaux de mauvais augure qui se plaisent à crier au grand scandale marketing sur les réseaux sociaux. A Beauvais, Chartres et Orléans, où les parfums Givenchy, Guerlain et Dior sont produits, les équipes se sont mobilisées tout le week-end pour que sortent dès lundi après-midi les premiers camions des usines. A l’origine, un document administratif demandant vendredi soir aux entreprises de la cosmétique si elles pouvaient fabriquer du gel hydroalcoolique.

Une fois la formule mise au point, partagée et validée avec l’AP-HP le samedi, ne restait plus qu’à mettre en marche les chaînes de production. Dès dimanche soir les premiers flacons sortaient des usines, tandis que l’usine Guerlain d’Orphin, seule capable d’imprimer des étiquettes, ajoutaient les mentions légales sur les flacons. Bernard Arnault ayant laissé entendre qu’ils en produiraient « autant que nécessaire », on peut (hélas) supposer que ses trois usines ne sont pas prêtes d’arrêter cette production bien éloignée de l’univers du luxe. « Mais, nous a confié un cadre présent sur place ce week-end, je n’ai jamais vu les salariés aussi heureux et fiers. Il se passait vraiment quelque chose d’important sur les sites de production ».

C’est ce même sentiment de fierté et l’envie « de faire quelque chose » qui motive aujourd’hui les salariés et dirigeants de l’industrie textile. « Les fabricants et les petites entreprises de mode sont très touchés par la crise qui se profile et n’ont pas les moyens des grands groupes pour faire face. Mais en même temps, ils se sentent très concernés et ont tout de suite cherché à mettre leur savoir faire au service du personnel médical » explique Clarisse Reille, directrice générale du comité professionnel de développement économique de l’habillement.

En attente de la validation des prototypes de masques par l’armée

En Normandie, dans le Nord, ou dans le Grand Ouest, là où sont regroupés près des 500 façonniers de France (pour environ 10 000 emplois) la question fut aussi de savoir comment aider. Chez les fabricants, la demande pour fabriquer des masques simples (pour protéger des gouttelettes) est venue de la DGE (direction générale des entreprises), les fournisseurs de tissu ou les fabricants textiles pouvant être sollicités. Une fois les prototypes préparés, ils doivent encore être validés par la DGA (direction générale des armées).

Une validation qu’attend l’entreprise Les Tissages de Charlieu, qui a annoncé lundi se mobiliser pour produire jusqu’à 100 000 masques de protection lavables par jour de manière automatisée et vouloir partager son prototype. Dans le Nord, c’est l’atelier roubaisien « Plateau Fertile », un lieu de co-création pour les jeunes pousses du textile, qui pourrait contribuer à cet effort. Dans l’Ouest, l’initiative est partie de la Fédération Mode Grand Ouest qui regroupe plus d’une centaine d’entreprises locales :

« Toutes les entreprises du Grand Ouest – on est environ 70 façonniers- ont proposé leur aide. On attend maintenant de savoir à la fin de la semaine quelles seront les entreprises homologuées pour pouvoir commencer la production. Je pense qu’on pourra en sortit environ 400 000 à 500 000 par semaine » assure de son côté Sylvie Chailloux, présidente du groupement professionnel Mode Grand Ouest. Et à l’écouter, les couturières des chaînes de production n’ont pas attendu les consignes pour se fabriquer des masques de protection individuelle : « C’est quand même notre métier ! »

Par Corinne Bouchouchi – Publié le 18 mars 2020 à 10h30 (L’OBS)