Leçon inaugurale de l’année académique 2020-2021 (Université Loyola du Congo)

Leçon inaugurale de l’année académique 2020-2021 (Université Loyola du Congo)

Sous un climat assombri par diverses restrictions liées à la pandémie de Covid-19 en République Démocratique du Congo et ailleurs, le début de l’année académique 2020-2021 s’est vu marquer de cette empreinte. Le mardi 10 Novembre 2020, jour retenu pour le lancement de l’année académique, un orateur de grande renommée qui devait coanimer la leçon inaugurale s’est vu contraint de s’y absenter: les rendez-vous manqués et reportés sont coutumes depuis Février 2020. Face à cette imposante situation, l’ingéniosité de la faculté d’Ingénierie ULC-Icam n’est pas reste stérile. Le rendez-vous manqué est devenu le rendez-vous à ne pas manquer ! La Professeur Docteur Sandrine Mubenga Ngalula coanima à distance cette présentation avec l’ingénieur Tychique Nzalalemba Kabwangala. L’excellence est de mise au vu du menu que l’ULC propose à son assistance.

La Docteur Sandrine Mubenga est ingénieure de l’université de Toledo et devenue Professeur au sein du même établissement après sa thèse sur un système de gestion de batterie au lithium-ion avec égalisation à deux niveaux afin d’augmenter leur durée de vie. Elle est aussi membre du conseil d’administration à l’Université Loyola du Congo (ULC). De plus, elle accompagne le cursus des systèmes embarqués de l’Université de Kinshasa (UniKin). A ses côtés, l’ingénieur Tychique Nzalalemba qui est diplômé de l’Institut Ucac-Icam de Douala–Cameroun ayant suivi le cursus d’ingénieur généraliste par apprentissage et effectué son mémoire scientifique sur l’optimisation des profils des poutres raidisseurs d’avions d’Airbus par fabrication additive grâce à une collaboration entre l’Icam Toulouse et l’entreprise Stelia Aerospace. Il est assistant professeur du cours de génie électrique et automatique et encadreur des travaux pratiques d’automatique à l’ULC. Le duo de choc formé, place à l’exposé !

‘’ Défis de la transition énergétique et leur impact sur le développement de la RDC ’’, tel était le thème de cette présentation. Dans le déroulement, un jeu de rôle s’est avéré important. L’ingénieur Nzalalemba s’est chargé d’introduire et de conclure le sujet alors que la Docteur Mubenga a développé son contenu via une vidéo préenregistrée et diffusée à l’assistance. Il sied de rappeler que la transition énergétique est le passage progressif  de l’utilisation des énergies carbonées, fossiles, polluantes ou à risque aux énergies propres, vertes, renouvelables et sans danger (solaire, éolienne, géothermique, biomasse, hydraulique et marémotrice) afin de combattre le réchauffement climatique et de préserver notre planète Terre.

Au cours de leur exposé, il était d’abord question de rappeler l’abondance des ressources naturelles retrouvées en République Démocratique du Congo, et de relier cette cartographie avec la problématique du thème. En effet, le principal enjeu de la transition énergétique actuelle réside dans le stockage de l’énergie électrique dans les batteries. Nous nous y accordons directement en évoquant la thèse du coanimateur de cet exposé qui porte sur la même problématique. Ce qui indique cet intérêt des scientifiques à stocker le plus longtemps possible l’énergie électrique dans des accumulateurs. Cependant, dans ce processus de recherches et études, les matériaux tels que le cobalt et le lithium sont de plus en plus utilisés.

Quelques chiffres à titre exemplatif :

  • Un accord a été conclu en Juin 2020 entre TESLA et Glencore (compagnie spécialisée dans l’extraction minière et ayant une filiale en RDC) pour la fourniture de 6.000 tonnes de cobalt par an.
  • En 2019, L’Usine Nouvelle confirme que plus de 65% de cobalt utilisé dans la fabrication des piles des voitures électriques sont extraits en RDC.
  • Le cobalt est essentiellement exploité en tant que coproduit du cuivre et du nickel. Il y a quatre grands types de ces gisements dans le monde (Audion et al, 2014): les gisements stratiformes de cuivre (Copperbelt de RDC et Zambie); les gisements magmatiques de cuivre-nickel sulfurés avec cobalt et platinoïdes subordonnés (Norilsk en Russie, Sudbury au Canada…); les gisements de nickel latéritique (Nouvelle-Calédonie, Cuba, etc.); les gisements hydrothermaux à cobalt dominant (Maroc) et seul gisement où il est exploité en métal principal. Et Darton Commodities ont confirmé en 2019 que la RDC avait produit les 72% du cuivre mondial l’année précédente.

Il y a 4 projets d’exploitation des gisements de pegmatites à spodumène, un des types de gisement de lithium, à l’étape de faisabilité en Afrique. En particulier, le projet Manono, dans la province du Tanganyika en RDC, est développé par la compagnie australienne AVZ Minerals Ltd., présente les meilleures chances de réussite à court terme, après la finalisation du rapport définitif de faisabilité au premier semestre 2020.

L’évolution de l’usage mondial du lithium: en 2019, 58% de lithium produit sont utilisés dans les batteries contre 37% en 2008.

Tous ces éléments regroupés et recoupés nous démontrent que la RDC est appelée à jouer un rôle de premier rang dans cette course au stockage de l’électricité et dans la transition énergétique. Et il a été bien défini par Mme Dr. Mubenga sous quatre aspects que les philosophes dénomment les quatre éléments de la nature.

La terre. L’énergie géothermale et certains minerais tels que le coltan, le cobalt, le cuivre, l’uranium, le diamant, le lithium, l’or, le nickel, le manganèse et le tungstène sont utilisés dans la fabrication des technologies qui permettent de développer les énergies renouvelables. Ces ressources interviennent aussi dans la production, le transport et le stockage de l’énergie électrique. Et toutes peuvent être retrouvées avec certitude dans le sous-sol congolais. Le cas du cobalt qui entre dans la fabrication des éoliennes, des moteurs des jets, des batteries et de divers composants électroniques nous indique que la place de la RDC dans le concert des nations ne devrait pas être de moindre.

L’eau. Le bassin du fleuve du Congo regorge d’un potentiel de production de 100.000 MWatt (cent mille méga watt) d’hydro électricité pouvant alimenter la RDC et ses neuf pays voisins. Sans oublier que le fleuve Congo est le deuxième fleuve au monde ayant le plus grand débit. Dans sa superficie de 2.345.000 (deux millions trois cent quarante-cinq milles) km2, nous retrouvons un potentiel de plus de 150 sites où des projets de centrales et mini-centrales hydro électriques peuvent être développées. L’intérêt des mini-centrales réside dans le fait qu’elles sont plus rapides à déployer et ont moins d’impact environnemental.

L’air. Le vent est une des sources d’énergie des plus abondantes sur notre planète. Quoique peu adaptée à la zone équatoriale dans laquelle une bonne partie de l’aire de la RDC se trouve, l’énergie éolienne et la fabrication des éoliennes sont possibilités qui peuvent être développées dans le pays. De plus, la présence du gaz méthane au fond du lac Kivu ne devrait laisser aucun congolais indifférent de cette manne dont l’abondance a déjà transformé son hôte en bombe à retardement. En effet, le lac Kivu est un lac méromictique: sous les 2.700 (deux mille sept cents) km2 de cette étendue d’eau se loge environ 60 milliards de m3 de méthane, 1300 MW de potentiel énergétique ! L’exploitation de ce gaz est donc non seulement une question économique dans la production d’électricité ou son conditionnement pour la cuisson mais elle est aussi une problématique des vies humaines car une éruption limnique pourrait surprendre à tout moment.

Le feu. Le taux d’ensoleillement élevé en Afrique est un atout majeur pour l’optimisation de l’utilisation de l’énergie solaire grâce à des panneaux solaires variés: les panneaux solaires photovoltaïques, les panneaux solaires concentrés ou thermiques, les panneaux solaires hybrides et aérovoltaiques. Il est donc évident que combiner les technologies pour produire à la fois de l’électricité et de l’eau chaude ou de l’air chaud optimise les panneaux solaires qui sont très souvent reprochés de leurs rendements faibles. Aussi, avec la présence de l’activité volcanique du Nyiragongo, l’exploitation de cette énergie géothermique est une excellente alternative pour la production de l’électricité.

Tous les éléments évoqués ci-dessus appellent la République Démocratique du Congo à relever les défis de la transition énergétique du continent africain. L’impact de cet investissement se fera certainement ressentir dans les retombées économiques et une meilleure place dans le concert des nations.

Rédigé par Tychique Nzalalemba, Ir

Quelques photos :

A gauche : Dr Sandrine Mubenga Ngalula
A droite : Ir Tychique Nzalalemba Kabwangala