Année ignatienne 2021-2022

Année ignatienne 2021-2022

A travers le monde, cette année célébrera :

– le 500ème anniversaire de la blessure d’Ignace de Loyola. Blessé par un boulet de canon pendant la bataille de Pampelune le 20 mai 1521, il commence un chemin de conversion lors de sa convalescence et entre dans une vie nouvelle avec le Christ

– le 400ème anniversaire de la canonisation de saint Ignace de Loyola et de saint François Xavier, le 12 mars 1622.

Vivre une fraternité missionnaire

De multiples événements rythmeront cette année ignatienne dans le monde. Pour la France, la Belgique francophone et le Luxembourg, le temps fort aura lieu à la Toussaint 2021 : 8 000 personnes sont attendues à Marseille pour le rassemblement « Au large, avec Ignace ».

Religieuses et religieux des congrégations ignatiennes, membres de la Communauté de Vie Chrétienne (CVX), du Mouvement Chrétien des Cadres et dirigeants (MCC), du Chemin Neuf, du Mouvement Eucharistique des jeunes (MEJ), élèves des établissements scolaires jésuites, des Icam (étudiants, collaborateurs et diplômés)… tous sont invités à aller au large, à la découverte des signes de fraternité dans notre monde bouleversé.

Dans la cité phocéenne, ville cosmopolite et ouverte sur le monde, ils iront à la rencontre des acteurs de terrain, œuvrant pour la justice, le dialogue interreligieux, l’accueil des réfugiés, la lutte contre la misère, l’apprentissage de la fraternité… Ils expérimenteront la joie d’une « Église en sortie » : « une communauté de disciples missionnaires qui prennent l’initiative, s’impliquent, qui accompagnent, portent du fruit et fêtent » (La joie de l’Évangile, n° 24).

Ce rassemblement expérimente la « culture de la rencontre » sans laquelle il est impossible de construire une fraternité universelle. Il répond à l’appel lancé par le pape François : « Ce qui est bon, c’est de créer des processus de rencontre, des processus qui bâtissent un peuple capable d’accueillir les différences. Outillons nos enfants des armes du dialogue ! Enseignons-leur le bon combat de la rencontre ! » (Fratelli Tutti, 217).

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Samedi 30 octobre : déambulations en petites fraternités et temps fort sur le Vieux-Port en mémoire des réfugiés qui, traversant la Méditerranée pour vivre dignement, trouvent la mort.

Dimanche 31 : Congrès national CVX, Temps Icam, MCC, rassemblement de collégiens et lycéens, messes dominicales en paroisse, rencontres des acteurs de terrain et de l’Église locale.

Grand festival de la Famille ignatienne avec des propositions pour les familles. Découverte des quartiers de Marseille marqués par l’histoire de la Famille ignatienne.

Soirée de fête suivie de la Vigile de Toussaint, prière connectée diffusée sur internet.

Lundi 1er novembre : célébration de la Toussaint rassemblant l’ensemble des participants.

Le programme sera appelé à être adapté en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.

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Infos sur : https://ignace2021.org ou www.jesuites.com

Pèlerinage Icam en Terre Sainte

Pèlerinage Icam en Terre Sainte

«Ce voyage-pèlerinage si réussi, il faut l’organiser pour de nouveaux groupes. Conserver ce bon
équilibre entre les différents aspects (moments de recueillement, lecture, partage, rencontres avec
les locaux, activités « touristiques », marches, temps libre …). Il faut garder un groupe homogène en
termes d’âge, de telle sorte que chacun puisse participer à toutes les activités sans être trop fatigué
et/ou inapte.», du voyage Icam de mai 2018.

Pèlerinage Icam* en Terre sainte – Inscriptions avant le 15 juin
*Icam, conjoints et ami(e)s

«Sérieux ** ? Oui : après tout ce que nous avons enduré, vivons une semaine fraternelle de profondeur.»

Etapes au désert, en Galilée, à Bethléem, à Jérusalem à la rencontre des habitants et des Eglises de la Terre sainte avec des petites équipes de partage et du temps personnel.

Guides : Hubert Hirrien, jésuite et Luc Pareydt, jésuite, vivant à Jérusalem

Du 22 septembre au 1 er octobre 2021 (10 jours) pour les 55-75 ans

  • Vols directs Air France depuis Roissy / Chambres 2 personnes
  • 1 895 € pour 25 participants / 1 995 € si 20 participants

Du 2 au 9 octobre 2021 (8 jours) pour les 22-35 ans

  • Vols directs depuis Roissy / Chambres 2 personnes
  • 1 475 € pour 30 participants / 1 520 € si 25 participants

Renseignements
Mail : hubert.hirrien@jesuites.com – Portable : 06 76 75 81 20

Communiqué d’Alain Deblock (85 ILI) directeur de Terralto

« Compte tenu de la situation sanitaire, quoi de plus légitime que de se poser la question s’il est opportun de s’inscrire au pèlerinage en TERRE SAINTE proposé par Hubert HIRRIEN en septembre ou octobre 2021 » ?

Personne ne sait dire aujourd’hui, s’il sera possible d’aller en ISRAEL PALESTINE en septembre ou
en octobre 2021. La vaccination avance en ISRAEL qui annonce 4 millions de personnes vaccinées soit près de la moitié de sa population au 22 février 2021. ISRAEL met en place « un passeport de vaccination », c’est-à-dire autorise les personnes vaccinées à avoir des activités normales et on peut supposer que le vaccin soit nécessaire pour entrer dans le pays.

En FRANCE, toutes les personnes de plus de 50 ans qui le souhaitent, pourront se faire vacciner dans
les mois à venir. Ainsi un départ à l’automne semble envisageable. Sauf évolution de la maladie, on peut raisonnablement penser qu’il sera possible de partir en
pèlerinage en TERRE SAINTE à partir de cet été.

Pour votre voyage, plusieurs mesures ont été mises en place :

1) Une assurance « cas covid » et « cas contact » proposée par TERRALTO en option (+55 €/personne) à
comparer avec l’assurance de votre carte bancaire. Vous pouvez retrouver le contenu de l’assurance www.terralto.com/assurances voir l’assurance « cas imprévu ».

2) Le contrat Air France, pour le départ du 22/09 ainsi que celui de Transavia pour le départ du 02/10 ont été ajustés et un point sera fait au 15 juillet pour permettre l’annulation du groupe (du fait de la situation ou d’un manque de participants) et sa reprogrammation sur mars 2022.

3) Jusqu’au moment du départ, en cas, d’impossibilité de partir du fait de la situation sanitaire, TERRALTO ne retient aucun frais sur l’annulation.

4) Si le départ en septembre, octobre n’est pas possible du fait de la situation, une reprogrammation entre le 15 et le 31 mars 2022 est déjà anticipée. Les dates précises seront ajustées prochainement.
La seule bonne raison de ne pas s’inscrire, reste la peur de se faire vacciner.

S’inscrire, c’est vivre. Votre seul risque c’est de partir fin mars 2022 au lieu de septembre-octobre 2021. A 60 jours du départ, un point sera fait entre Hubert Hirrien et TERRALTO pour vérifier la situation :
· que le nombre d’inscrits sera suffisant
· que les indicateurs de la situation sanitaire sont positifs comme attendu (vaccination, évolution de la
pandémie).

Si le nombre est insuffisant ou que la situation ne permet pas de garantir un départ serein, le report sera proposé. »

À Lille, la démolition de la chapelle Saint-Joseph a commencé

À Lille, la démolition de la chapelle Saint-Joseph a commencé

Par Le Figaro et AFP agence
Publié le 11/02/2021 à 09:40, mis à jour le 11/02/2021 à 13:53

Premiers assauts des pelleteuses mercredi à Lille. Le recours en référé de l’association Urgences patrimoine ayant été rejeté, la voie était libre pour détruire la chapelle Saint-Joseph de Lille. Édifiée à la fin du XIXe siècle dans le quartier Vauban, sur des plans d’Auguste Mourcou, cette chapelle, désacralisée et désaffectée, faisait l’objet d’un permis de démolition délivré en 2019 par la municipalité pour la construction d’une partie du nouveau campus de l’école d’ingénieurs Junia (ex-Yncrea).

Le projet prévoit 40.000 m2 de locaux d’enseignement, dont 22.000 de locaux neufs et un investissement de près de 128 millions d’euros. Sur plusieurs sites, ce campus doit accueillir au total entre 5000 et 8000 étudiants. Dans ce cadre, la chapelle va donc être détruite. En novembre, le ministère de la Culture avait officialisé le rejet d’une demande de classement de l’édifice. Selon le ministère, « renoncer à la démolition de la chapelle impliquerait de devoir abandonner un projet important pour le développement de l’enseignement supérieur, qui représente un investissement de 120 millions d’euros ». Autre argument : le projet de campus intègre par contre « la restauration intégrale du palais Rameau » (un bâtiment voisin de la chapelle construit par le même architecte, ndlr).

Contacté par l’AFP en novembre, l’un des opposants à la démolition, l’architecte Étienne Poncelet, inspecteur général honoraire des monuments historiques, regrettait que le ministère oppose la sauvegarde de la chapelle à la restauration du palais Rameau. « Il est intelligent de se projeter vers l’avenir en réutilisant le patrimoine », relevait-il. Le ministère « dit que la chapelle est en mauvais état, ce qui est totalement faux», avait-il objecté. Pour lui, «c’est un édifice en bon état, un exemple unique en terme architectural, avec un cloître suspendu, c’est un conservatoire de savoir-faire et un témoignage historique de la présence des Jésuites à Lille ».

Ces derniers mois, plusieurs personnalités politiques ou du monde culturel s’étaient mobilisées contre la démolition de cette chapelle, dont Stéphane Bern. Une pétition lancée par Urgence Patrimoine avait recueilli plus de 12.400 signatures.

 

 

 

Relecture de l’année 2020 par le Père Etienne Grieu sj

Relecture de l’année 2020 par le Père Etienne Grieu sj

Relecture de l’année 2020 par le Père Etienne Grieu sj à l’occasion des vêpres de l’Assemblée de Province le 31 décembre 2020

Nous ne sommes pas près de l’oublier, cette année 2020 !

Pour la première fois depuis très longtemps, nous avons fait l’expérience d’un malheur collectif. La pandémie de Covid 19, c’est cela : un malheur qui touche tous les continents, tous les pays, tous les milieux sociaux, tous les âges, même si bien sûr, certains, plus exposés, moins protégés par des systèmes de santé déficients ou par des conditions de vie déjà précaires, seront beaucoup plus frappés que d’autres. En tout cas, il s’agit bien d’un malheur collectif, qui, potentiellement, peut toucher chacun. On est dans le même registre que les guerres, les crises économiques dévastatrices, ou bien les catastrophes naturelles de très grande ampleur.

Or, cela, nous n’en avions plus fait l’expérience, en France et en Europe, depuis la deuxième guerre mondiale, c’est-à-dire depuis 65 ans. C’était passé hors de notre champ de conscience.

Un malheur collectif, c’est bien entendu, terrible, du fait de son ampleur ; les victimes se comptent par milliers. Cela dit comparé à une guerre, ce que nous connaissons est un petit malheur collectif.

Je voudrais insister sur le deuxième terme de cette expression : malheur collectif. Car il
pourrait, lui, avoir une fécondité et contenir une promesse. Nous avons fait l’expérience d’être frappés ensemble. Je crois que cela peut nous réveiller, sans ménagement, d’un sommeil dans lequel nous nous étions enfoncés, où nous voyions notre destinée ne s’écrivant qu’à la première personne du singulier.

Quand je regarde maintenant les affiches de pub dans la rue, elles paraissent très souvent tout à fait décalées par rapport à ce que nous sommes en train de vivre, notamment quand elles flattent nos fibres narcissiques. Et je me demande alors si ce réveil va durer, ou bien si nous allons bien vite retomber en léthargie.

En tout cas, cet épisode de la pandémie pourrait jouer un rôle important, si nous prenons conscience que le petit malheur collectif qui nous touche peut être vu comme le prélude à un malheur autrement plus gros, celui de la crise écologique et de toutes les tensions qui l’accompagneront ; crise qui, très probablement, se manifestera comme une série de malheurs collectifs, plus ou moins importants, mais qui se succèdent et se répètent et nous mettent à chaque fois face à des défis immenses.

Finalement, en cette année 2020, c’est la question de l’avenir proche de notre monde, de
notre planète, qui commence à se poser, grandeur nature.

Dans Fratelli tutti, le pape François dessine avec deux gros traits rouges, la situation dans laquelle nous sommes : la mondialisation libérale, d’un côté, continue de faire violence à énormément d’hommes et de femmes et de peuples, sans qu’apparaisse clairement des alternatives économiques probantes. Et d’un autre côté, en réaction, naissent des courants 2 populistes, au verbe fort, des courants identitaires, qui ont en commun de désigner des adversaires, des coupables. Or ces deux tendances, en apparence opposées, jouent exactement dans le même sens, elles nous empêchent d’agir ensemble. Elles disqualifient des acteurs, leur faisant perdre toute capacité à participer aux décisions et les rejetant sur le bord.

Le pape François, face à cela, pense que l’on peut s’appuyer sur une autre tendance, présente en tout être humain, la conscience que nous découvrons qui nous sommes dans la rencontre, la relation, à travers les appels que nous nous lançons, les engagements que nous prenons, les soutiens mutuels dont nous sommes capables.

Il me semble que nous sommes engagés dans un combat : cette vision de la destinée
humaine, où l’on a conscience que la valeur numéro 1, c’est ce qui nous relie, va-t-elle l’emporter ? Ou bien allons-nous céder aux sirènes de tout ce qui nous isole et fait de nous des êtres méfiants, refusant de tendre la main ou même l’oreille, seulement avides de nous-mêmes, mais de ce fait, tout disposés à nous auto-dévorer ?

Ce combat est aussi un combat politique ; on l’a vu à travers la campagne américaine et tout ce qui s’est passé autour de la non-réélection de Donald Trump. Mais c’est surtout un combat spirituel. Le grand rendez-vous, pour nous, c’est de redécouvrir que la vie se reçoit des autres ; que c’est ensemble que nous pouvons agir, trouver du sens, créer, louer, servir, faire réponse au don que nous avons reçu.

C’est pourquoi, en cette pandémie, nous pourrions voir une pédagogie pour redécouvrir qu’en réalité, nous vivons les uns par les autres. Non sans humour, le petit virus couronné a choisi de nous apprendre cela en nous séparant les uns des autres. L’expérience du confinement nous a montré on ne peut plus clairement que nous ne pouvons subsister les uns sans les autres.

Et comme croyants, qu’avons-nous découvert ? Peut-être une chose toute simple : à travers tous ces gestes, ces appels qui chaque jour nous réinvitent à l’existence, eh bien, qui travaille, qui est présent ? Nous y voyons l’oeuvre de l’Esprit, celui qui rassemble l’humanité dispersée pour qu’elle trouve son accomplissement en Christ, dans le corps du Christ. Alors, 2020, on pourrait en parler comme d’une année eucharistique, comme la première étape d’une redécouverte de l’eucharistie : ce corps livré pour nous, ce corps creusé, ce corps ouvert pour nous laisser l’espace de former en lui un seul corps.

P. Etienne Grieu sj
(Recteur du Centre Sèvres – Facultés jésuites – Paris)

La chapelle Saint-Joseph de Lille en sursis

La chapelle Saint-Joseph de Lille en sursis

Cet article a été publié dans le Flash mensuel de la revue VMF :  Vieilles Maisons Françaises, le magazine du patrimoine de l’architecture et des jardins.

Quelques années après la création, à Lille, du collège St-Joseph et de sa chapelle par la communauté des jésuites, ces derniers créeront l’Icam.

PAR ALIENOR HARZO
Date de publication : 12/06/2020

Depuis plusieurs semaines, l’organisation Urgences patrimoine se mobilise pour tenter de sauver un énième édifice en péril : la chapelle Saint-Joseph de Lille (boulevard Victor Hugo). La démolition programmée de cette dernière entre dans le cadre d’un projet de nouveau campus conduit par Yncra, membre de la fédération universitaire pluridisciplinaire de Lille (FUPL). La demande formulée par Urgences patrimoine (ici et ici), appuyée par Stéphane Bern et relayée par de nombreux acteurs de la défense du patrimoine, est la suivante : intégrer la chapelle du XIXe siècle au projet.

« Nous demandons à Monsieur le Ministre de la Culture une mise sous protection d’urgence de l’édifice, afin de laisser le temps au maître d’ouvrage d’étudier la faisabilité et le coût d’une réhabilitation. » L’appel lancé au ministère de la Culture semble cette fois avoir été entendu. Dans un communiqué de presse datant du 5 juin, le Ministre demande en effet une instruction complémentaire et accompagnera Yncra et la FUPL – qui ont renoncé à une destruction immédiate de l’édifice – dans la recherche d’une solution alternative.

• Vue d’ensemble de la chapelle Saint-Joseph depuis le chevet. © Bernard Toulier

Le monument en question, bâti en 1886-1887, est l’ancienne chapelle du collège Saint-Joseph, fondé par les Jésuites en 1876. La pédagogie jésuite intégrait de nombreuses activités complémentaires, comme le sport, le théâtre, la peinture ou la tapisserie par exemple. Pour assurer ces activités, plusieurs bâtiments complémentaires ont été construits parmi lesquels un théâtre, qui possédait encore il y a quelques années l’ensemble de son équipement de scène et qui semble, lui, épargné par le projet. La chapelle forme donc un tout avec les autres bâtiments du collège, conçu par l’architecte Augustin-Henri Mourcou (1823-1911). Il est également l’auteur à Lille du palais Rameau, des hospices civils, de l’hôpital de la Charité et du centre psychiatrique de Bailleul.
Le collège Saint-Joseph est intégré au centre scolaire Saint-Paul en 1968 et, malgré une extension de 1964, forme un ensemble urbain cohérent avec le palais Rameau voisin. La chapelle en briques, de plan basilical, possède un bel ensemble de vitraux du XIXe siècle. La plupart sont signés Latteux-Bazin, un important atelier de maîtres-verriers actif dans la seconde moitié du XIXe siècle. Bien qu’il ne soit pas protégé, l’ensemble possède donc un véritable intérêt architectural, d’autant plus qu’il est situé dans le périmètre classé Monument historique du palais Rameau.

• Dans la nef de la chapelle Saint-Joseph au début du XXe siècle. © SPPEF

Malencontreusement, la chapelle se retrouve enclavée dans le projet « Camplus » et ne fait pas partie des nombreux bâtiments qui doivent être réhabilités. En effet, le projet prévoyait la destruction de la chapelle et des bâtiments attenant au théâtre. Le permis de démolir a été signé par la mairie le 28 mai 2019. « Il s’agissait d’un projet de l’université catholique qui avait obtenu le feu vert des Bâtiments de France. Dès lors, les services de la ville ne pouvaient pas s’y opposer », s’est justifié Martine Aubry, maire de Lille. En effet, l’architecte des Bâtiments de France a accepté la destruction, alors que la chapelle se trouve dans le périmètre d’un monument classé, qui plus est du même architecte. Le rôle de la Drac Hauts-de-France dans cette affaire laisse perplexe… Tout comme l’étrange appréciation de la part des porteurs du projet qui qualifie ce dernier « d’opportunité développement durable ».

• Les vitraux et le mobilier de la chapelle doivent être déposés sans être détruits, mais que deviendraient-ils ?

Le projet de destruction fait polémique depuis la fin du mois de mai 2020. Les délais de recours étant dépassés, « faire du bruit » était de fait la seule solution, à laquelle se sont attelés Sites & Monuments, La Tribune de l’Art et bien entendu les lanceurs d’alerte, Urgences patrimoine. Si la chapelle était reconvertie, l’ensemble formé par le collège et le palais Rameau serait extérieurement préservé. Un autre projet moins onéreux, composant avec la chapelle, a donc été élaboré par un ingénieur économiste d’Urgences Patrimoine. Il montre bien qu’une réhabilitation et une intégration de la chapelle est tout à fait envisageable.

Grâce à l’intervention de Franck Riester, le projet de démolition est suspendu.

Cependant, la prudence reste de mise, car le permis de démolir n’est pas encore annulé et il reste à voir selon quelles conditions l’édifice sera intégré au projet… Mais nous pouvons nous réjouir de la mise en sursis de la chapelle Saint-Joseph et féliciter le ministère de la Culture de s’être emparé du dossier. Beaucoup d’autres mériteraient son attention.

Mémoire du Père Gérard Pierré (sj) à l’Icam

Mémoire du Père Gérard Pierré (sj) à l’Icam

J’ai appris ces jours-ci le récent retour au Père de Gérard Pierré, jésuite discret qui a été présent à l’Icam de 1957 à 1980. Dans les années 1970, il a eu un rôle méconnu mais important dans le redressement d’une institution alors menacée de disparition, car c’est lui qui a été l’animateur et la plume du groupe rédacteur du texte « Mission de l’Icam ».

Voici comment :

A l’instigation de René Briet, président des ingénieurs Icam après les secousses de 1968, Gérard Pierré avait été chargé de conduire un groupe de travail d’une dizaine d’Icam pour formuler ou reformuler « La mission de l’Icam ». Ces travaux se sont étalés sur au moins 2 ans, notamment avec 3 ou 4 week-ends à la maison jésuite des « Fontaines » à Chantilly, et j’étais le benjamin de ce groupe.

Ce texte de 4 ou 5 pages, légèrement revu au début des années 2000, fait toujours référence puisqu’il est cité dans les présentations de l’école sur internet comme « référence majeure» .

Il a servi de boussole au navire Icam dans les tempêtes qui ont secoué l’école dans les années 1970 (avec le licenciement d’un tiers des salariés de l’école, par un ingénieur Icam bénévole délégué à cet effet par l’Association).

De mémoire, ce texte explicite trois piliers de cette mission, à savoir :

1) Former des ingénieurs compétents sur les plans scientifiques et technologiques.
2) Former des responsables préparés à conduire des actions collectives au sein d’entreprises ou d’organisations.
3) Former des hommes et des femmes soucieux du sens de leurs actions et engagés dans la société à la lumière de l’Evangile.

La « Mission de l’Icam » a servi de pierre angulaire à une véritable reconstruction de l’école, avec l’arrivée du Père Faucher, jésuite, à la direction des études, puis celle de Guy Carpier, premier directeur laïc de l’Icam, intronisé par le Provincial des Jésuites de France, le Père Madelin, lui aussi très récemment disparu. Plus tard, je m’y suis encore beaucoup référé lorsque j’ai eu la charge de créer l’Ecole Louis de Broglie, devenue aujourd’hui l’Ecam-Rennes.

L’annonce dans la presse du décès du père Gérard Pierré soulignait qu’avec lui disparaissait le dernier des jésuites français à avoir connu les camps de concentration. Sa discrétion était telle que je l’ignorais, alors que je l’ai fréquenté d’abord comme conseiller spirituel dans les années 1960 à l’école, puis lors de cette rédaction de la « Mission de l’Icam ».

Louis Bouan (66 ILI)

Prière d’Alliance

Prière d’Alliance

Comment relire ce temps de confinement ?

Et si nous profitions de ce confinement pour vivre une “prière d’alliance” en couple, en famille ou tout seul ? Le service de la vie spirituelle du diocèse de Marseille propose cette fiche pratique pour relire ce temps de confinement.

En couple

S’installer confortablement ; éteindre les téléphones ; allumer une bougie comme pour inviter le Seigneur, notre lumière, à cet échange.

Prendre le temps de se dire l’un à l’autre comment nous sommes après cette semaine ou ce mois de confinement. Qu’est-ce qui domine comme sentiment ? Peur, inquiétude, énervement, lassitude, apaisement, consentement…

Ensuite, en suivant les indications ci-dessous :

Se dire merci

Dans ce que nous avons vécu ensemble cette semaine ou dans ce mois :

• Qu’est-ce qui ce qui a construit notre couple ? Par ex : les soirées ou les moments en amoureux, le fait de rester séduisant l’un pour l’autre, un projet commun, le soutien dans le travail ou dans les tâches ménagères, la prière… Y a-t-il eu des heureuses surprises ? Des imprévus agréables ?

• Qu’est-ce que j’ai découvert de moi, de toi ? Qu’est-ce que j’ai reçu de toi qui m’a aidé(e) dans ce que j’avais à vivre au travail ou en télétravail, ou ensemble à la maison, ou dans les soucis familiaux…

Parler de tout cela et se dire merci. Et remercier le Seigneur pour le don de l’amour qu’il nous fait.

Se demander pardon

• Qu’est-ce qui m’a été difficile à vivre, qui m’a attristé(e) dans ton attitude à cause de ce que je suis, ou à cause des circonstances, ou… ?

• En quoi est-ce que je t’ai peiné(e) ou attristé(e) par mon attitude, mes paroles ? Comment l’as-tu vécu ? Par ex : mon manque d’organisation, l’impression de tout avoir à assumer de la maison, le manque de dialogue, les tensions, les colères…

J’essaie de dire ce qui m’a mis(e) en difficulté en parlant de ce que j’ai ressenti et sans accuser mon conjoint.

Parler simplement de tout cela et se demander pardon.

Demander au Seigneur de nous prendre dans sa miséricorde

Se redire le désir d’avancer ensemble.

Chacun peut dire à l’autre ce qu’il souhaiterait pour améliorer la vie ensemble pendant la prochaine semaine.

• Qu’est-ce qui m’aiderait à mieux vivre ce temps ?

• Qu’est-ce que nous avions souhaité faire et qui ne s’est pas fait ?

Terminer en se tournant ensemble vers le Seigneur et lui demander la force suffisante pour chaque jour, force physique, morale, spirituelle. Lui confier ceux qui nous sont chers et s’en remettre à lui dans la confiance.

Conclure la prière d’alliance en disant ensemble le Notre Père.

En famille

Prendre le temps de s’installer : cela peut être autour d’une table basse avec une bougie allumée pour signifier la présence du Christ, notre lumière, qui est présent à notre échange.

Commencer par se dire merci

Prendre 5 mn de silence, chacun s’interroge à partir de quelques questions :
Qu’est-ce qui dans cette semaine m’a rendu heureux, qu’est-ce que j’ai apprécié ou reçu des autres dans la famille ? Par ex., on peut se dire merci pour les bons repas, ou le dessert fait ensemble ou les moments de jeux, les films regardés ensemble, l’aide et la patience de maman/papa pour les devoirs, les efforts des enfants pour respecter le travail ou le repos des parents… ?

Qu’est-ce que j’ai découvert de beau chez moi ou chez les autres ?

Qu’est-ce que j’ai appris à faire ?

Chacun s’exprime et écoute les autres, chacun son tour sans s‘interrompre, pour se dire merci ! Celui qui parle tient la bougie et quand il a fini de parler il la passe à son voisin.

Dans un second temps, chacun regarde ce qui a été plus difficile pour lui, ce qui lui reste sur le cœur et qui le rend triste. Par ex : J’ai été blessé(e) par une parole ou un refus, je suis agacé(e) par les taquineries de mon frère ou de ma sœur, ou j’ai refusé mon aide à la cuisine ou au ménage…ou j’ai manqué de patience…ou tout autre chose qui a pu mettre une mauvaise ambiance à la maison.

Se demander pardon mutuellement

Faire le même tour de parole avec la bougie, si quelqu’un veut passer son tout, il passe la bougie.

Et à la fin du tour, demander au Seigneur de nous prendre tous ensemble dans son amour.

Chacun vit ce temps de confinement de façon différente, pour certains c’est plus facile que pour d’autres. Nous avons besoin de nous entraider en famille à vivre ce temps dans la durée et donc,

Chacun dit aux autres ce qui pourrait l’aider à vivre la semaine qui s’ouvre : Par ex, mes désirs, mes propositions, mon besoin d’être écouté, mon besoin d’aide pour quelque chose…

Terminer en se tournant vers le Seigneur

Chacun peut demander quelque chose au Seigneur très simplement sans faire de belles phrases…

Dire ensemble le Notre Père pour conclure notre prière
Et terminer en partageant un bon goûter ou un bon dessert !

Seul

Trouver un moment calme, couper le téléphone, s’installer confortablement, respirer doucement.

Me voici

Je me mets sous le regard de Dieu qui m’attend. Je viens tel que je suis avec tout ce que je porte, tel que je suis dans ce temps de confinement : fatigué(e), ou content(e), ou découragé(e), en colère, ou émerveillé(e)… chercher à nommer le sentiment qui m’habite : inquiétude, apaisement, consentement…

Je demande au Seigneur sa lumière afin de relire cette période en trouvant la trace de sa présence.

Merci

Je revois le déroulement de la semaine ou du mois écoulé afin de trouver de quoi goûter ce que j’ai vécu et qui est mon histoire avec Dieu. Je prends conscience de ce que j’ai reçu de bon et qui me fait dire merci au Seigneur qui est la source de la vie et de l’amour. Par ex les beaux gestes dont j’ai été témoin : un geste de solidarité, les applaudissements à 20h, un coup de téléphone reçu ou donné, les mails et les SMS, les réunions par visio, un pardon que j’ai pu donner ou recevoir, une chose inattendue, une parole d’Évangile que j’ai entendue pour moi, les lectures qui m’ont nourri(e)…les célébrations télévisées… ma capacité de m’adapter à ce temps, la sérénité qui m’habite, ma créativité, … ?

Tout cela devient signe de la présence et de l’action de Dieu au cours de mes journées. Je l’en remercie.

Pardon

Je regarde ce qui a été source de tristesse, d’amertume, de découragement. Par ex : ma tendance à entasser des choses par peur de manquer, mes plaintes, mon impatience, ma colère, mon envie de ne rien faire, mes repliements sur moi, mes jugements sur le comportement des autres… Je demande au Seigneur de m’aider à comprendre pourquoi j’agis de la sorte je lui demande pardon.

S’il te plaît

Pour vivre dans la durée l’épreuve de ce confinement j’ai besoin de l’aide du Seigneur, je la lui demande… je parle au Seigneur de ce qui m’attend, de mes soucis…je lui demande de vivre avec lui et par lui chaque rencontre, chaque événement aussi modeste soit-il.

Je termine par le Notre Père ou une prière de confiance entre les mains de Dieu.

Vie cultuelle et engagement social sont liés

Vie cultuelle et engagement social sont liés

Coronavirus : Vie cultuelle et engagement social sont indissociables – Tribune du P. Laurent Stalla-Bourdillon (diocèse de Paris)

La Vie – 30 avril 2020

Comme en Italie, les modalités du déconfinement en France ont suscité une certaine émotion dans les milieux catholiques. La Conférence des évêques s’est émue du report au 2 juin de la célébration des messes. Des évêques ont eu une expression plus vigoureuse encore. Il faut le reconnaître : ce report (valable pour tous les cultes et pas seulement pour l’Église catholique) a froissé l’attente de ceux qui, moyennant des garanties sanitaires, pensaient que le 11 mai sonnerait l’heure du retour à la messe. L’étendue de la déception a suscité des jugements sur la vie spirituelle et la vision anthropologique des responsables politiques. Clairement, si la décision de report ne saurait servir de base à une évaluation de la vie spirituelle des dirigeants, elle jette en revanche une lumière crue sur la signification évanescente, selon une tendance lourde, des activités des « cultes » telle que la perçoit le monde politique dans sa majorité. Sur ce point comme sur tant d’autres, la pandémie fait fonction de révélateur.

L’application aux cérémonies liturgiques (messes, mais aussi baptêmes et mariages) de critères strictement sanitaires de « droit commun » a fait prendre conscience aux Français de confession catholique que la messe n’est pas (n’est plus) une activité dont l’utilité collective justifierait un traitement prioritaire de la part des pouvoirs publics. Nouvelle attestation du fait que la France a cessé d’être inspirée « par défaut » par le catholicisme. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir cette réalité ou vouloir s’aveugler pour ne pas l’admettre. De l’autre côté, la force du ressentiment exprimé ne peut logiquement s’expliquer que par l’affirmation plus ou moins explicite de la centralité de la messe et de sa suite normale : où les fidèles peuvent-ils se ressourcer s’ils n’ont plus la messe ? Et nous voilà partis, dans le rapport entre le visible et l’invisible, entre la grâce et son signe dans le sacrement ? Qu’a-t-on perdu en perdant (temporairement) l’accès à la messe ?

Le problème est que ces questions, si authentiques soient-elles, n’ont de sens que dans l’Église. La société française et nombre d’élus – qui en sont l’expression dans la société politique – ne partagent plus la vision catholique de l’homme, sur sa vocation et sur son principe de sanctification dans la vie des sacrements. Sur tous ces sujets, la société est passée de l’oubli souvent assumé à l’ignorance peu ou pas consciente… S’il en est ainsi, c’est sans doute parce que la société n’a plus vraiment les moyens de recevoir la vision chrétienne de l’homme, et que l’Église, composante bon gré mal gré de cette société, n’a plus les moyens de la lui faire connaître. Elle ne fait pas le poids face à la diffusion méthodique des anthropologies contemporaines. L’homme animal (animalisme) ou l’homme machine (transhumanisme) correspondent à des problématiques, écologique ou de production, loin de l’humanité du texte biblique. Les résultats tangibles de l’efficacité des sciences priment sur la promesse d’un accomplissement de l’homme.

Église et monde politique face à face

La relation d’exclusion ainsi posée renvoie au premier nœud du problème : le faux partage entre le croyant et le citoyen moderne (à l’un la sphère privée, à l’autre la sphère publique). Cette vision a contaminé la pensée politique pour qui la nature humaine se réduit au corps et qui minimise la dimension relationnelle donc communautaire de la vie spirituelle. Ce faisant, l’unité du corps social est fragilisée par la perte de son composant spirituel.

Seulement, et on retrouve là le second problème, la seconde dissonance : le monde politique ne voit pas la nécessité de prendre en considération la dimension transcendante de l’homme et les religions n’acceptent pas que ce qu’elles tiennent pour vitalement vrai ne soit pas reconnu comme tel par la société politique.

Le monde politique ne se laisse pas dicter par les religions la place qu’elles doivent occuper dans le débat public. Or, il est très difficile à l’Église catholique en France d’accepter de représenter un point de vue parmi d’autres. Elle découvre jour après jour, débat après débat (pour le confinement comme pour la bioéthique) que ses convictions ne peuvent s’imposer à la décision politique, et elle éprouve de l’inconfort à constater que le monde politique méconnaisse sa volonté, et plus encore sa capacité, de parler au nom du bien commun et non de ses seuls intérêts. De son côté, le monde politique lit toute requête religieuse – d’où qu’elle vienne – comme une revendication catégorielle, ou mieux encore communautaire. La charge négative associée à la notion de communautarisme fait de l’usage de cette catégorie un puissant instrument de contrôle, ce qui explique largement pourquoi le personnel politique se l’est à ce point appropriée tout en la critiquant.

La mission de l’Église lui interdit d’en rester au sentiment de frustration. La justesse des positions de l’Église ne pourra emporter l’adhésion du politique que si elle parvient à soutenir son accompagnement de la société. La tâche n’est pas facile, comme le rappelle cette pertinente analyse de Philippe Portier, politologue et sociologue des religions, sur les mutations du religieux dans la France contemporaine : « Sans doute la “civilisation catholique”, assise sur une adhésion massive au système de pratiques et de normes mis en place par l’institution romaine, s’est-elle effondrée au cours du dernier demi-siècle, sous l’effet pour une grande part du processus d’individualisation, lié lui-même à l’accentuation du processus de différenciation sociale. Cet évidement du monde paroissial n’a pas débouché cependant sur une exténuation de la croyance : la “civilisation républicaine”, dont les théoriciens annonçaient, à la fin du XIXe siècle, qu’elle s’appuierait bientôt sur la seule puissance de la raison, s’est ouverte, au cours de ces dernières années, à une expansion renouvelée du religieux, sous l’aspect souvent d’un “spirituel” proliférant, tant dans l’ordre de l’existence privée que dans celui de la délibération publique. »

Ainsi, même éloignée de l’Église dans ses vues et ses pratiques, la société demeure terriblement en recherche de justice et d’égalité. Seule la considération sincère de l’Église pour la société avec laquelle elle fait corps, fût-elle en pleine dérive, exprimera le primat de la fraternité et sa contribution à l’édification du corps social et suscitera, par-là, la confiance. Et l’évolution de la société influencera en retour la perception du monde politique.

Vie sociale et relation à Dieu

Cependant, si on s’interroge sur le regard actuel du monde politique sur la foi catholique, force est de constater (libre à chacun de le déplorer) que la préoccupation de la vie spirituelle des gens est complètement sortie de la considération du personnel politique. Nous ne parlons pas ici de la vie spirituelle personnelle des élus, qui est une réalité pour beaucoup – parfois une réalité édifiante –, mais de sa place dans l’édification du corps social.

La nature humaine est devenue totalement étrangère à la pensée politique contemporaine, et avec elle la juste prise en compte de la personne. Le néant des surfaces n’est que le miroir du vide des profondeurs : profondeur de l’histoire, profondeur de l’horizon de l’existence, profondeur de la conscience face à la finitude du corps et à l’infini de l’amour. Cette profondeur fait probablement peur aujourd’hui. Le numérique agit comme divertissement, détournement de la conversion à la nécessité de fortifier en soi une raison profonde de vivre et de mourir.

De son côté la pensée chrétienne considère que la relation à Dieu est une composante essentielle de la vie humaine et sociale. Elle éclaire autant la signification de notre corporéité individuelle que collective. Le corps social ne s’édifie (et reste uni) qu’à proportion de la considération pour la dignité de toute personne, laquelle se dévoile seulement dans sa relation à Dieu. Il faudra faire œuvre autant de pédagogie que de douceur pour que cette proposition soit reçue dans les sphères du pouvoir.

Aujourd’hui, si la Constitution reconnait la liberté de culte, sa résonance « dans » la personne n’est pas du ressort de l’attention du politique. Que vous trouviez vos émotions dans un stade en étant adhérant à un club de supporters ou que vous trouviez votre paix intérieure en étant membre d’une Église, peu importe : ces activités de la vie sociale, du point de vue politique ne peuvent être distinguées, au nom de la séparation entre sphère privée et sphère publique.

Comment un État laïc pourra-t-il prendre en compte le fait que la foi soit structurante pour beaucoup ? C’est tout le problème de la substitution de prétendues « valeurs de la République » à substrat politique, à une démarche venant de la richesse de la personne. On objectera qu’il n’est pas scientifiquement prouvé que la pratique religieuse améliore les personnes, ou fasse d’elles des acteurs plus dynamiques de la vie du pays. Outre que cette mesure est impossible à réaliser, l’objection s’accompagne d’un brin de mauvaise foi, si l’on considère l’engagement constant des chrétiens au service du bien commun. Sans doute est-ce la conscience de cet engagement qui a rendu la déception plus intense.

L’Église, principe d’animation et d’unité

Concluons en rappelant que la vie des catholiques est toujours orientée vers une meilleure articulation des trois corps qui forment le cadre commun à toute existence : le corps individuel, le corps social et le corps environnemental. En chaque messe, le fidèle reçoit du Christ, la force spirituelle pour travailler le monde comme un don et y édifier une société unie par l’amour dont le Créateur nous aime. La célébration de la messe fait apparaître deux autres corps perceptibles seulement avec les yeux de la foi : le Corps du Christ sur l’autel et le Corps du Christ qu’est l’Église répandue par toute la terre. En communiant au Corps du Christ ressuscité, le fidèle trouve l’énergie de faire de sa vie un don pour les autres. Dieu aime d’un amour qui fait se donner. Ainsi le Corps ecclésial, invisible aux yeux mais à la foi seulement, est là pour le bien de tous. L’Église serait au tissu social ce que l’âme est au corps individuel : un principe d’animation et d’unité. Telle est la doctrine chrétienne. Et même si cette vision théologique des choses n’est jamais parfaitement réalisée, elle indique une mission. L’Église ne se comprend que dans cette Parole qui la fonde et fait d’elle, en acte, une servante de l’amour miséricordieux de Dieu pour tout homme.

Dès lors, vie cultuelle et engagement social sont indissociables. Nous le savons déjà au niveau profane : un peuple se reconnaît toujours à ses fêtes par lesquelles tous ses membres communient à une même joie (comme par exemple la fête du 14 juillet). Lors des célébrations dominicales, la récitation du Credo par toute l’assemblée a cette double fonction unifiante et confessante. La privation de messe entrave donc plus qu’une simple requête personnelle et ne peut être comparée à la privation d’un cinéma ou d’un spectacle. C’est ce que sous-entend l’appel de l’épiscopat à l’adresse des responsables politiques : que l’authentique respect de la liberté religieuse reconnaisse ces deux aspects. L’Église est structurée au-dedans par le Credo, et au dehors au service du peuple par la charité. Pour se partager, l’expérience pascale doit d’abord se recevoir.

Si donc une religion porte une vision de réalisation d’un monde commun, cela explique encore pourquoi, le politique tient les cultes à distance de ce qu’il estime être sa prérogative exclusive : faire paraître un monde nouveau. Ce n’est plus alors le religieux qui verse dans le politique, mais le politique qui nage dans le religieux. Ce processus de substitution ou d’instrumentalisation à des fins politiques est déjà visible dans divers pays du monde.

Le défi restera immense pour les responsables de l’Église catholique de prendre la parole dans le débat public en convainquant qu’ils visent, non pas une suprématie communautaire, mais plutôt une plus grande communion humaine, l’humanité ne formant qu’une seule famille. « Il y a toujours quelque chose d’inconfortable » dans le témoignage chrétien, disait le pape François. Dans ce sens, le 28 avril, il exhortait les fidèles « à prier le Seigneur de donner à son peuple, la grâce de la prudence et de l’obéissance aux dispositions, afin que la pandémie ne revienne pas ». Il faudra des années d’un patient labeur pour gagner la confiance des Français, expliquer et donner des gages en acte que le bonheur de vivre suppose l’accueil de chacun. À n’en pas douter, la terrible crise sociale qui vient sera, pour les chrétiens de France, l’occasion de poursuivre ce que l’Église n’a cessé d’apprendre : recevoir avec gratitude ce monde et toute personne pour ce qu’ils sont, un don de Dieu.

Tribune du Père Laurent Stalla-Bourdillon

Tribune du Père Laurent Stalla-Bourdillon

Notre aumônier Hubert Hirrien, jésuite, nous propose de lire la tribune du Père Laurent Stalla-Bourdillon (du diocèse de Paris) : « Coronavirus : quand l’épreuve relie le sérieux de la vie et le sérieux de la foi ».

En bouleversant tous les champs de la vie personnelle, professionnelle, économique, sportive, les Français traversent une crise sanitaire inédite. Elle s’avère une occasion propice pour relier à nouveau le sérieux de la vie et le sérieux de la foi. Le ralentissement du rythme des activités, dont nous déplorions si souvent l’accélération, permet de faire sauter les couches calcaires de nos habitudes. La pratique religieuse est aussi bousculée. Les sanctuaires ferment et les messes ne sont plus ouvertes à la présence des fidèles. Cet interdit permet incidemment de repenser au sens de ce qui était vécu et de vivre les rites en pensée, en paroles, en nommant leur signification. Si cet exercice est difficile, c’est sans doute que des années de répétions ont sédimenté une ritualité dont l’automatisme aura réduit la saveur.

La suppression des messes n’a qu’une question à poser : que gagne-t-on habituellement à
y participer ? Et cette participation est-elle le tout de ce que l’on y gagne ? Si bien que lorsqu’il n’est plus possible d’y participer, que conserve-t-on que nul ne peut prendre ?

La foi dans tous les contextes

Avant le confinement général qui trancha toute question, certains furent choqués que les pouvoirs publics puissent assimiler la messe à un spectacle, à une activité de convivialité comme les réunions dans les bars et restaurants. En effet, le pain qu’on y sert n’est pas fabriqué par l’homme, et le vin qu’on y boit n’est pas issu d’une fermentation artisanale. Quand bien-même les pouvoirs publics le sauraient, et quand bien-même ils en conviendraient, cela ne changerait rien au fait que ce n’est pas à l’État de s’adapter à la foi des citoyens de confession chrétienne, mais aux chrétiens à s’adapter aux mesures de la vie sociale. La foi peut trouver son épanouissement et sa pratique dans tous les contextes et ne présupposent pas de condition préalable. Les éléments matériels et visibles des rituels sont des adaptations définies pour servir à l’expression d’un sens spirituel que rien
n’atteint.

Ce contexte inédit va permettre aux citoyens de confession chrétienne de se réapproprier le sens de ce qu’ils vivent dans leur culte, précisément à l’heure où ils sont privés de participation. C’est l’expérience même que rapporte la Bible, lorsque le peuple d’Israël, en exil à Babylone, fait mémoire du Temple de Jérusalem. C’est une manière d’habiter le Temple que de s’en souvenir. C’est en esprit que l’on s’invite désormais dans l’espace sacré inaccessible. Les citoyens de confession catholique seront appelés à expliquer ce qu’ils croient, pourquoi ils le croient et de quelle manière ils vivent ce qu’ils croient. Par-dessus tout, il faut expliquer en quoi ces pratiques rendent humbles, accueillants et prêts à accompagner les pauvres, les malades et les pécheurs. En voyant une société fragile comme la nôtre, il serait navrant que des chrétiens trouvent encore le moyen de tout rapporter à eux, au lieu de se relier aux autres, comme leur condition de serviteur les y invite. Même à l’approche de la fête chrétienne de Pâques, il n’y aura pas de dérogation au confinement.

Repenser au sens de l’existence

Le courage se voit dans l’imprévu des situations et parfois le sacrifice prend une forme inattendue, mais c’est un vrai sacrifice. Qui pourrait ne pas le comprendre ? Tous les Français font le sacrifice de leur vie sociale, professionnelle, économique et pour beaucoup familiale. Sa valeur est immense parce qu’il est un sacrifice de soi pour la vie des autres. Il ne reste qu’à le déposer dans le cœur du Christ-Jésus, qui le porte à son Père, pour que chacune de nos vies, soit baignée de sa paix : la vie d’un homme est plus que le nombre de ses jours sur la terre. Elle est dans sa confiance en l’amour qui préside à sa naissance, qui accompagne sa vie et illumine son trépas.

Malade, notre société l’était déjà à tous les points de vue : économique, éducatif, artistique, sanitaire, social et spirituel, mais d’un coup en quelques semaines, la société est fébrile dans son corps tout entier : tous ses membres sont exposés à la maladie. Déjà le grand corps environnemental avait déjà donné des signes d’alertes de sa très grande faiblesse. Comment cette contagion de l’environnement n’aurait-elle pas aussi eu des effets sur le corps social des pays et le corps individuel de leurs habitants ?

Ce contexte de pandémie oblige à repenser au sens de l’existence, à purifier les représentations enfantines de la foi religieuse, pour se poser dans un face-à-face lucide avec l’énigme de la condition humaine. Si nous ne mourrons pas tous du covid-19, nous allons tous mourir un jour, et quitter ce monde, it’s just a matter of days before you die — « c’est juste une question de jours avant que tu meurs » dit l’adage. Ce monde n’est pas un lieu où l’on reste, mais un lieu où l’on passe. Ce n’est pas la vérité des uns, c’est la vérité pour tous. Celle que nous avions si délicatement relégué aux oubliettes des réalités essentielles.

Plus à donner

La question se reporte alors sur la valeur de chaque jour. Si le temps est compté pour tous, les citoyens de confession chrétienne ont plus à donner à cette époque qui souffre. Les identités religieuses sont toutes perméables à l’épreuve et à la peine. Aucune n’est épargnée. La responsabilité des chrétiens s’atteste dans l’annonce du triomphe de l’amour, celui que nous aurons su donner, celui que nous serons devenus. En refusant de capter ce monde pour soi mais y faisant resplendir déjà la lumière qui nous enveloppera tous un jour pour toujours. Une personne de confession chrétienne n’est-elle pas prophète du monde qui vient de par-delà la mort ?

Une célébration religieuse dans une église n’est pas un îlot pour s’extraire du monde, mais une assemblée où le salut du monde entier est pris en compte. Lorsque nous pourrons communier à nouveau au Corps du Christ ressuscité, nous ne communierons pas pour nous, mais pour les autres, pour le monde. Plus exactement, pour que les autres trouvent en chacun, ce qu’ils ont le droit de trouver dans le cœur d’un frère, d’une sœur de confession chrétienne : l’accueil, le sourire, le pardon, l’amour et la confiance. Le pain de l’autel et le vin du calice sont devenus la chair vivifiée par l’Esprit et le sang de l’alliance. Ils ne sont pas le fait de l’homme mais de l’Esprit de Dieu qui consacre le fruit de la terre et du travail des hommes pour qu’ils deviennent par la foi de l’Église, la manifestation de l’amour du Père pour eux. Ainsi, le corps et le sang de Jésus ressuscité reforment les cœurs et
disposent le corps à incarner l’amour dont le Père aime déjà chacun irrévocablement et sans condition. Cette soudaine privation de messes est à recevoir comme une invitation pour chaque français de confession catholique à redécouvrir ce qu’une célébration de la messe signifie et réalise.

La promesse de Pâques

Dans la grâce du pontificat du pape François, je prie pour que cette terrible crise sanitaire fasse retrouver à l’humanité, le sens de son unité, que notre société retrouve sa sensibilité aux questions spirituelles et religieuses. Je prie pour que les disciples de Jésus libèrent leur lucidité sur la destinée humaine et aident ceux qui ont la mission de conduire l’Église à l’engager dans une rencontre avec le monde tel qu’il est et non tel qu’il serait tentant de le rêver. Avec chacun de vous, je prie pour les soignants, les malades, les défunts et leur famille : qu’ils connaissent la paix que Jésus répand dans les âmes. Si nous devons fêter Pâques dans l’isolement du confinement, dans la peine du deuil, la promesse de Pâques sera notre consolation : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3).

Source

Le Père jésuite Henri Madelin nous a quittés

Le Père jésuite Henri Madelin nous a quittés

Décès du P. Henri Madelin sj, homme de foi et de culture

Les jésuites de la Province Occidentale Francophone ont la tristesse de vous faire part du
décès du P. Henri Madelin sj. Agé de 84 ans et hospitalisé depuis deux semaines, il est décédé
du Covid 19 le mercredi 8 avril au matin.

Né le 26 avril 1936 à Guebviller (Haut-Rhin), le P. Henri Madelin est diplômé de l’Institut
d’Études Politiques de Paris (IEP-1956), d’une licence en droit et d’un DES d’économie
politique. Intéressé par la vie politique et le service de l’État, il prépare l’ENA mais frappe
l’année suivante à la porte du noviciat de la Compagnie de Jésus.

Après des études de philosophie à Vals, deux années au collège Libermann à Douala puis des
études de théologie à Fourvière (Lyon), il est ordonné prêtre dans la Compagnie de Jésus en
1967.

Son expertise pour les sciences politiques et son intérêt pour les questions de société
l’orientent vers l’apostolat social. En 1973, il prend la direction de l’Action Populaire, qui
deviendra le Centre de Recherche et d’Action Sociales (CERAS). Son engagement témoigne
de ce que la foi chrétienne est indissociable d’un engagement social et politique pour la
justice ; cet engagement ne peut se vivre sans une profondeur intellectuelle.
Maitre de conférence à l’Institut d’Études Politiques de Paris (IEP), enseignant à l’Institut
d’Études Sociales (IES) de l’Institut Catholique de Paris, il se révèle homme de relations et de
communication.

De 1979 à 1985, il devient supérieur provincial des jésuites de France. Il rénove l’apostolat
auprès des jeunes en lançant le Réseau Jeunesse. Il assure l’avenir du Centre Sèvres –
Facultés jésuites de Paris en destinant un certain nombre de jeunes jésuites à l’enseignement
philosophique et théologique ; il donne à cette institution un rayonnement bien au-delà de la
France.

En tant que supérieur provincial, il participe à la 33e Congrégation Générale qui se tient en
1983, et qui élit le P. Peter-Hans Kolvenbach, nouveau supérieur général de la Compagnie de
Jésus. Dans cette période sensible des relations entre les jésuites et le pape Jean-Paul II, le
P. Henri Madelin rappelle paisiblement aux jésuites de la Province de France l’importance du
« sentire cum Ecclesia »(1) et de l’obéissance au pape.

De 1985 à 1991, il est nommé Président du Centre Sèvres et s’attache à poursuivre le
développement de ce lieu, au service d’une formation humaine, intellectuelle et spirituelle, à
la fois enracinée et ouverte, de religieux, religieuses et laïcs, dans les enjeux d’un monde en
pleine mutation.

En 1991, il devient aumônier national du Mouvement Chrétien des Cadres et Dirigeants
(MCC).

Homme de culture, il est nommé rédacteur en chef de la Revue jésuite Études de 1995 à 2002.
Par sa créativité et son dynamisme, il contribue au rayonnement de cette revue prestigieuse et
à sa présence dans les débats de notre époque.

Européen convaincu, il va suivre de 2005 à 2019, depuis Bruxelles (OCIPE), Strasbourg
(Conseil de l’Europe) et Paris, les enjeux d’une Europe en pleine mutation. Il croit au
nécessaire débat éthique dans la construction institutionnelle européenne.
Écrivain, le P. Henri Madelin a publié de nombreux ouvrages. « Heurs et malheurs de
l’autorité », son dernier livre paru en 2018 aux Éditions jésuites (Lessius), traite de la relation
entre pouvoir et autorité. Celle-ci se mesure à la capacité de faire grandir autrui pour lui
permettre de donner sa pleine mesure.

Doté d’une grande bienveillance, homme de foi et de relations, toujours à l’écoute des
évolutions de la société, le P. Henri Madelin a mis ses qualités humaines et intellectuelles, au
service du Christ, de l’Église et de la société, persuadé que le message de l’Évangile reste une
source de profond renouvellement précieux pour notre monde.

(1) Les règles pour « Sentir avec l’Église » font partie des Exercices spirituels d’Ignace de
Loyola et déterminent la manière dont les jésuites souhaitent vivre leur service à l’Église.

9 avril 2020